Affaire Saint Aubin

Points clés Précisions essentielles
🚗 Accident mortel sur la Nationale 7 Jean-Claude Saint-Aubin et Dominique Kaydasch tués le 5 juillet 1964 près de Fréjus
🔍 Contestation de la version officielle La famille refuse la thèse de l’accident et mène 60 ans de combat judiciaire
🎖️ Implication présumée des services secrets Révélation d’un véhicule militaire impliqué selon l’enquête de Robert Badinter en 1985
⚖️ Dysfonctionnements judiciaires massifs Plus de 90 magistrats mobilisés, procès-verbaux falsifiés et témoignages modifiés
📚 Combat familial acharné Reconnaissance par François Mitterrand en 1993, indemnisation refusée par dignité
❓ Mystère toujours non résolu Archives dispersées dans 17 lieux différents, vérité encore inaccessible aujourd’hui

Je me souviens de mes premières pérégrinations sur les routes de France, scrutant le paysage avec gourmandise, lorgnant vers chaque panneau, chaque village. Lors d’un voyage en Bourgogne, j’ai entendu parler d’une histoire qui m’a glacé le sang : celle d’une famille dijonnaise dont le destin a basculé sur une route de vacances. Cette tragédie, l’affaire Saint-Aubin, m’a bouleversée. Imaginez partir en famille vers vos vacances estivales et ne jamais arriver ensemble. Le 5 juillet 1964, Jean-Claude Saint-Aubin et Dominique Kaydasch perdaient la vie sur la Nationale 7, près de Fréjus. Mais était-ce vraiment un simple accident ?

Ce que révèle cette énigme judiciaire

Je vous propose de découvrir les éléments essentiels de cette affaire qui défie la justice française depuis six décennies. Ce dossier commence comme un banal accident de la route et se transforme progressivement en une interrogation troublante sur l’implication possible des services secrets.

Le contexte historique est crucial : en 1964, la France sortait de la guerre d’Algérie et l’OAS multipliait les attentats. Les routes comptaient trois fois plus de victimes qu’aujourd’hui, avec 10 000 décès annuels. La thèse officielle évoquait une vitesse excessive et un platane meurtrier. Pourtant, la famille Saint-Aubin a immédiatement contesté cette version, déclenchant une guérilla judiciaire sans précédent impliquant plus de 90 magistrats.

Les révélations de 1985 apportent un élément nouveau : un véhicule militaire aurait été impliqué. Robert Badinter, alors garde des Sceaux, ordonne une enquête dont les conclusions mentionnent explicitement la participation d’un camion de l’armée. Cette piste transforme radicalement la perception de l’événement.

Une tragédie qui commence sur la route des vacances

Permettez-moi de vous raconter comment cette histoire a débuté. La famille Saint-Aubin, propriétaire d’une bijouterie prestigieuse place Grangier à Dijon, possédait des terrains près de Fréjus. Je comprends ce bonheur anticipé des vacances méditerranéennes, cette excitation avant le départ. Trois véhicules composaient le convoi : la Volvo de Jean-Claude, la voiture de François, et celle des parents avec leur caravane.

Lors d’une discussion avec un restaurateur dijonnais, j’ai appris que la famille Saint-Aubin était très respectée dans la région. Jean-Claude, 23 ans, conduisait sa Volvo noire et blanche immatriculée en Suisse. À ses côtés, Dominique Kaydasch, 18 ans seulement. Le convoi avait quitté Dijon le 4 juillet, voyageant de nuit avec plusieurs pauses-café.

Au kilomètre 93 de la Nationale 7, vers 7 heures du matin, la Volvo percute violemment un platane. Un témoin circulant dans une traction avant avait vu le véhicule le doubler à grande vitesse. François et les parents arrivent les premiers à destination. C’est le gardien du domaine qui leur annonce la tragédie. J’imagine difficilement la douleur de recevoir une telle nouvelle au moment où commencent les vacances.

Élément Description Particularité
Date 5 juillet 1964 Vers 7 heures du matin
Lieu Nationale 7, Les Esclapes Entre Puget-sur-Argens et Fréjus
Véhicule Volvo 122S sport Immatriculation suisse
Victimes Jean-Claude Saint-Aubin (23 ans) Dominique Kaydasch (18 ans)

Des services secrets impliqués dans cette bavure présumée

Voici où cette histoire prend une tournure qui m’a intéressée : la famille refuse catégoriquement la version officielle. François Saint-Aubin, que j’aurais aimé interviewer autour d’un bon repas bourguignon, maintient que son frère conduisait remarquablement bien. La route ne présentait aucun danger particulier selon lui.

L’enquête révèle progressivement des anomalies troublantes. Je liste pour vous les éléments les plus problématiques :

  • Des procès-verbaux manifestement falsifiés
  • Des témoignages détournés ou modifiés
  • La présence inexpliquée d’un camion militaire
  • Des manquements flagrants dans l’instruction initiale
  • Des pressions exercées sur les journalistes investiguant le dossier

La théorie familiale évoque une opération de barbouzes gaullistes visant un responsable de l’OAS. Jean-Claude aurait été victime d’une méprise fatale, confondu avec un membre de l’organisation terroriste. En 1997, des parachutistes prétendent posséder des documents confirmant cette hypothèse, mais le gouvernement dément formellement, qualifiant ces pièces de fausses.

Andrée et Jean Saint-Aubin mènent un combat acharné pendant trois décennies. Un juge de Draguignan finit par les déclarer irresponsables tant leur détermination dérange. En 1990, une indemnisation de 500 000 francs leur est proposée pour dysfonctionnement judiciaire, que le père refuse catégoriquement. Le 26 janvier 1993, François Mitterrand les reçoit à l’Élysée, reconnaissance symbolique de leur ténacité.

Soixante ans après, quelle vérité pour cette famille

Aujourd’hui, François Saint-Aubin vit à Saint-Seine-en-Bâche en Côte-d’Or, dans une demeure impressionnante. Il continue d’espérer obtenir la vérité sur la mort de son frère, même si ses parents sont décédés sans connaître les circonstances exactes du drame. Andrée Saint-Aubin, décédée en 2003, a publié « Ils ont tué mon fils » en 1987, témoignage poignant d’une mère brisée.

Jacques Revon, journaliste de France 3 Bourgogne, s’est investi pendant plus de quinze ans dans cette enquête. Il maintient un contact hebdomadaire avec François, vingt ans après le décès de la mère. Il possède un mètre de documents sur cette affaire. Revon confie avoir subi des pressions téléphoniques l’incitant à cesser ses reportages.

Le problème majeur réside dans la dispersion des archives : seize ou dix-sept lieux différents conservent des documents relatifs à cette affaire. L’accès à ces pièces, théoriquement possible après soixante ans, reste complexe et fragmenté. Cette situation m’évoque mes propres recherches sur certaines recettes ancestrales : parfois, les informations les plus précieuses sont jalousement gardées.

Cette énigme non élucidée demeure l’une des grandes interrogations politico-judiciaires de la Ve République. Accident ou attentat ? Bavure des services secrets ou simple tragédie routière ? François déclare qu’il paierait cher pour savoir ce qui s’est réellement passé. Si c’était à refaire, la famille recommencerait son combat, affirme-t-il. Je comprends cette obstination : certaines vérités méritent qu’on se batte toute une vie pour les découvrir.

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